L'Orgue Déconfiné

/ OCTOBRE / 5 SAMEDIS / 5 CONCERTS / 30 MINUTES / ENTRÉE LIBRE

 

31 octobre - de 16h à 19h

 

MUSIQUES de la RÉFORME

Thèmes et Variations

La date du 31 octobre a été choisie pour célébrer la Réformation protestante, en souvenir de l’acte fondateur de Martin Luther, le 31 octobre 1517, placardant sur les portes de l’église du château de Wittenberg ses 95 thèses, critique radicale de l’Église catholique,  condamnant notamment son commerce des indulgences.

Cet évènement qui peut paraître d’une importance minime, marque cependant le début d’un courant considérable, celui de la Réforme protestante, en Allemagne d’abord, puis dans toute l’Europe et au-delà, qui aura des conséquences dans les domaines les plus variés, y compris celui de la musique.

Pour Luther, et à sa suite pour les autres réformateurs comme Calvin, le chant de l’église ne doit plus être confié à des chantres qui chantent en latin, mais aux fidèles eux-mêmes chantant tous ensemble dans leur propre langue. Cela impose l’usage de textes accessibles à tous et écrits en strophes permettant de chanter un texte long sur une mélodie brève et facile à mémoriser, répétée plusieurs fois.

Au-delà de cette donnée commune, les usages diffèrent assez profondément. Luther aimait et pratiquait la musique à laquelle il attribuait un rôle essentiel dans la formation et la célébration chrétiennes. En composant lui-même les textes - souvent centrés sur la personne du Christ, l’incarnation, la croix et la résurrection - et aussi la musique de nombreux chants, il a donné un élan puissant à la création du très large répertoire des chorals luthériens. Conçus au départ comme des chants faciles à chanter, aucun obstacle de principe n’empêche de les harmoniser, de les paraphraser à l’orgue, de les accompagner avec des instruments. Ainsi donnent-il source en Allemagne à un immense et magnifique répertoire de pièces d’orgue, de cantates, de passions … 

Calvin avait une attitude beaucoup plus réticente à l’égard de la musique. A partir du même principe de chant d’assemblée, il réduit d’emblée le champ des textes chantés : ceux-ci, prenant comme seule source l’Écriture sainte elle-même, se limitent aux 150 Psaumes de la Bible. Pour leur donner la forme versifiée et strophique nécessaire au chant d’assemblée, il fait appel à deux grands poètes, Clément Marot puis Théodore de Bèze ; trois musiciens de grand talent se sont succédés pour réaliser les mélodies : Guillaume Franc, Loÿs Bourgeois et Pierre Davantès. Le Psautier huguenot, ou « de Genève », est achevé en 1562. Les psaumes chantés au culte le sont exclusivement à l’unisson, sans accompagnement, les compositions polyphoniques élaborées par de nombreux compositeurs, en particulier Claude Goudimel, étant réservées à l’usage domestique. Éliminé de France au XVIIe siècle, le protestantisme n’a pu évoluer vers une ouverture accrue à la musique et son répertoire musical s’est tari pour longtemps.

« THÈMES ET VARIATIONS », ce sous-titre met le doigt sur le processus originel de la plupart des musiques protestantes qui, au travers des siècles, découlent en général pour une large part des simples mélodies des chorals et des psaumes. 

Ce fait central se vérifie aussi bien d’un pays à l’autre (Allemagne, France, Danemark…), qu’à travers les époques et les esthétiques (romantique : Mendelssohn, Schumann, Grieg, Gade, Langaard - moderne : Honegger) et ne concerne pas obligatoirement des compositeurs protestants (Vierne).

Jacques Feuillie

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